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Paris avant et après Haussmann : photos de Marville

L’info à retenir

  • Charles Marville a photographié entre 1862-1868 les rues parisiennes avant leur destruction par Haussmann
  • Paris était une ville médiévale insalubre avant la transformation (1855-1870) qui a créé 300 km de nouvelles rues
  • Ses photos sont consultables à la Bibliothèque Historique de Paris et témoignent de la plus grande mutation urbaine de l’histoire

Les clichés de Charles Marville révèlent un Paris disparu à jamais. Entre 1862 et 1868, ce photographe officiel immortalise les ruelles médiévales avant leur destruction sous Haussmann. Ces images fantomatiques, où l’absence de mouvement témoigne des 15 minutes d’exposition nécessaires, constituent l’unique témoignage visuel de la capitale avant sa métamorphose.

Qui était Charles Marville et pourquoi a-t-il photographié Paris ?

Charles François Bossu, dit Charles Marville, devient photographe officiel de Napoléon III en 1858. Sa mission : documenter méthodiquement les quartiers condamnés par les grands travaux haussmanniens.

En 1860, le Baron Haussmann crée la Commission Historique de Paris et charge Marville de photographier les rues appelées à disparaître. L’Empereur accueille cette initiative avec enthousiasme : « Ceci permettra de suivre à travers les siècles les transformations de la ville ».

Le photographe officiel de Napoléon III

Marville bénéficie d’un statut privilégié qui lui donne accès à tous les quartiers de la capitale. Il documente systématiquement chaque rue, chaque impasse avant leur destruction entre 1862 et 1868.

Sa double mission consiste à prouver l’insalubrité des anciens quartiers tout en préservant leur mémoire historique. Ces clichés serviront d’arguments pour justifier les démolitions massives.

Les contraintes techniques de l’époque

La technique photographique impose des temps d’exposition d’au moins 15 minutes. Les rues animées apparaissent désertes sur les clichés, les passants étant effacés par le mouvement.

Cette contrainte technique donne aux photos de Marville leur caractère spectral unique. Le Paris au Moyen-Âge semble figé dans un silence éternel, loin de l’agitation réelle de l’époque.

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À quoi ressemblait Paris avant les transformations d’Haussmann ?

Jusqu’en 1850, Paris conserve l’aspect d’une ville moyenâgeuse. Rues étroites de 3 à 4 mètres, maisons hautes qui bloquent la lumière, absence d’égouts et surpopulation caractérisent la capitale.

Une ville moyenâgeuse et insalubre

Le centre de Paris présente un lacis de ruelles sinueuses héritées du Moyen Âge. En 1851, 60 259 voitures mises bout à bout occuperaient 300 kilomètres alors que toutes les rues réunies n’en font que 500.

Dans le quartier des Arcis, la densité atteint un habitant pour trois mètres carrés. Un médecin décrit en 1840 une chambre de 5 m² occupée par 23 personnes au quatrième étage d’un immeuble de l’île de la Cité.

Surpopulation et pauvreté du centre

Les classes riches fuient progressivement le centre vers les faubourgs nord et ouest. Les plus pauvres s’entassent dans des conditions dramatiques au cœur de la capitale.

Deux épidémies de choléra ravagent la ville en 1832 et 1848. Cinq pour cent des habitants des quartiers d’Arcis et Saint-Avoye périssent lors de celle de 1848.

Problèmes de circulation et d’hygiène

L’étroitesse des rues empêche selon les croyances de l’époque la circulation de l’air et la dispersion des « miasmes » porteurs de maladies. L’eau potable vient principalement de l’Ourcq, complétée par des extractions de Seine à l’hygiène déplorable.

Victor Considérant écrit en 1834 : « Paris, c’est un immense atelier de putréfaction, où la misère, la peste et les maladies travaillent de concert ».

Quand et comment s’est déroulée la transformation haussmannienne ?

Les grands travaux débutent en 1855 sous la direction du préfet Georges-Eugène Haussmann, nommé par Napoléon III en juin 1853. Cette transformation titanesque s’étale sur 17 ans jusqu’en 1870.

Les grands axes percés (1855-1870)

Haussmann commence par percer une croisée gigantesque au centre de Paris : l’axe nord-sud du boulevard de Sébastopol au boulevard Saint-Michel, croisant la rue de Rivoli prolongée jusqu’à la rue Saint-Antoine.

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Les nouvelles voies mesurent 20 à 30 mètres de large contre 13 mètres pour la rue Rambuteau qui avait pourtant étonné par sa largeur. L’avenue Foch atteint même 120 mètres avec ses contre-allées.

Les chiffres clés des travaux

En 17 ans, 300 kilomètres de rues sont percés. 20 000 maisons insalubres sont détruites pour construire 40 000 nouveaux immeubles. Plus de 340 kilomètres d’égouts sortent de terre sous la direction de l’ingénieur Belgrand.

Les travaux suppriment 57 rues ou passages et 2 227 maisons, forçant plus de 25 000 habitants ouvriers à quitter le centre pour la périphérie.

Le financement et les acteurs

Haussmann recourt à des emprunts massifs de 50 à 80 millions de francs par an. La Caisse des travaux de Paris, créée en 1858, devient l’outil privilégié du financement.

L’État exproprie, détruit et reconstruit les axes avant de revendre les terrains à des promoteurs privés selon un cahier des charges strict.

Où voir aujourd’hui les photos de Charles Marville ?

Les clichés originaux de Charles Marville sont conservés dans plusieurs institutions parisiennes accessibles au public en 2025.

Bibliothèque Historique de la Ville de Paris

La Bibliothèque Historique de la Ville de Paris abrite la collection la plus complète des photos de Marville. Ces archives sont consultables sur rendez-vous pour les chercheurs et passionnés d’histoire urbaine.

L’institution propose régulièrement des expositions thématiques mettant en valeur ce patrimoine photographique exceptionnel.

Collections en ligne

Les photos originales de Charles Marville sont visibles gratuitement sur le site de la bibliothèque spéciale de Paris. Cette numérisation permet un accès libre et immédiat à ces témoignages historiques.

La qualité de numérisation révèle tous les détails de ces clichés : pavés inégaux, enseignes d’époque, architecture architecture art nouveau naissante dans certains quartiers.

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Expositions temporaires

La galerie Hélène Nougaro (17 Rue du Petit Pont, 75005 Paris) a présenté l’exposition « Paris Avant-Après » confrontant les clichés de Marville aux photos contemporaines. Ouverture du mardi au samedi de 14h30 à 19h00, entrée libre.

Ces expositions révèlent l’ampleur de la transformation en comparant les mêmes angles de vue à 150 ans d’intervalle.

Que reste-t-il du Paris médiéval après Haussmann ?

Malgré l’ampleur des destructions, certains vestiges du Paris médiéval subsistent encore aujourd’hui, témoins de la ville photographiée par Marville.

Les îlots haussmanniens conservent souvent en leur cœur des constructions antérieures. Seules les façades sur rue sont modernisées, laissant intact l’arrière des parcelles non concernées par les percements.

Le Marais, Montmartre ou l’île Saint-Louis présentent encore des rues étroites et sinueuses caractéristiques du immeuble haussmannien d’origine. Ces quartiers épargnés par les grands travaux offrent un aperçu du Paris immortalisé par Marville.

La rue des Barres, la rue de la Colombe ou l’impasse des Bourdonnais conservent l’atmosphère des ruelles photographiées avant 1870. Ces survivances permettent d’imaginer l’ampleur de la transformation opérée par Haussmann.

Ce qu’il faut retenir

Les photographies de Charles Marville constituent l’unique témoignage visuel du Paris médiéval disparu sous les coups de pioche d’Haussmann. Entre 1862 et 1868, ce photographe officiel immortalise une ville de ruelles étroites et insalubres avant la plus grande transformation urbaine de l’histoire. Ces clichés fantomatiques, consultables librement en ligne ou à la Bibliothèque Historique de Paris, révèlent l’ampleur du défi relevé par le Second Empire. Ils permettent de mesurer le chemin parcouru entre le Paris moyenâgeux surpeuplé et la capitale moderne aux larges boulevards qui fait aujourd’hui l’admiration du monde entier.

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