City Guide Paris

Les Fontaines Wallace : Histoire et Patrimoine

L’info à retenir

  • 109 fontaines Wallace fonctionnent à Paris du 15 mars au 15 novembre
  • Créées par Richard Wallace en 1872 après le siège de Paris, elles distribuent de l’eau potable gratuite
  • 4 cariatides représentent la Bonté, Simplicité, Charité et Sobriété – symboles reconnaissables de Paris

Les fontaines Wallace font partie du paysage parisien depuis 150 ans. Ces élégantes structures en fonte verte se dressent aux coins des rues et sur les places, offrant eau potable gratuite et beauté artistique. Véritables icônes de la capitale, elles racontent une histoire de générosité et d’innovation urbaine née après la guerre de 1870.

Qui était Richard Wallace et pourquoi a-t-il créé ces fontaines ?

Richard Wallace, philanthrope britannique né à Londres en 1818, vécut la majeure partie de sa vie à Paris dans sa villa de Bagatelle. Héritier d’une immense fortune en août 1870, il assiste aux ravages du siège de Paris et de la Commune de 1871.

Les bombardements prussiens détruisent plusieurs aqueducs, rendant l’accès à l’eau potable difficile pour les classes populaires. Le prix de l’eau explose, poussant les indigents vers les « marchands de vin » et l’alcoolisme. Wallace décide d’agir concrètement.

Sa démarche s’inscrit dans le mouvement philanthropique de l’époque. Les bourgeois fortunés financent des « bonnes œuvres » par charité chrétienne. Wallace fonde un hôpital, distribue des vivres et conçoit son projet de fontaines publiques.

Le contexte historique : siège de Paris 1870-1871

Paris connaît des temps dramatiques. La proclamation de la République, l’épisode de la Commune et les bombardements destructeurs laissent la ville exsangue. Tous les Parisiens ne sont pas encore reliés au réseau d’eau potable malgré la reconstruction rapide.

Wallace reste fidèle à sa nation d’adoption plutôt que de se réfugier dans ses luxueuses propriétés. Son dévouement lui vaut une grande popularité et la croix de Commandeur de la Légion d’honneur en juin 1871.

La collaboration avec Charles-Auguste Lebourg

Wallace confie la réalisation à Charles-Auguste Lebourg, sculpteur nantais qu’il connaît déjà. Ce dernier améliore les croquis précis de Wallace pour créer de véritables œuvres d’art urbaines.

Le projet se concrétise rapidement : en 1872, les premiers modèles sortent des fonderies du Val d’Osne en Haute-Marne. La philosophie de Wallace : aider efficacement et discrètement tout en embellissant Paris.

Où trouve-t-on les fontaines Wallace à Paris aujourd’hui ?

Paris compte actuellement 109 fontaines Wallace réparties dans tous les arrondissements. La plupart se situent sur des places publiques ou à l’intersection de rues importantes, selon les choix d’Eugène Belgrand, ingénieur des Ponts et Chaussées.

A lire aussi  Musée Guimet à Paris : trésors d’art asiatique, collections et visite indispensable

Les fontaines du Montmartre offrent des points de rafraîchissement appréciés lors de la montée vers le Sacré-Cœur. Les parcs et jardins de Paris abritent également plusieurs modèles, parfaitement intégrés dans leur environnement végétal.

Les 109 fontaines actuelles dans Paris

En 1893, Paris comptait 63 exemplaires de grandes fontaines Wallace contre 106 en 2022. La municipalité continue l’installation jusqu’aux années 1960, à raison d’environ une par an aujourd’hui. Seule une dizaine sont d’origine, les autres remplaçant d’anciennes fontaines dégradées.

Les emplacements privilégient l’accessibilité publique et l’harmonie environnementale. Certaines ont été déplacées lors des réaménagements urbains, notamment place Denfert-Rochereau où un modèle a été restauré et installé au Musée Carnavalet en 2022.

Les modèles colorés (7 fontaines)

Sept fontaines arborent des couleurs vives depuis 2011 et 2016, rompant avec le vert traditionnel imposé par Napoléon III :

  • Rouge dans le quartier chinois (13e)
  • Jaune près des Grands Moulins
  • Bleue dans l’ancien quartier de la gare de Rungis
  • Autres couleurs près de la mairie du 20e

Ces colorisations visent à apporter modernité et visibilité, mais l’adjointe au patrimoine Karen Taïeb a déclaré que « le mouvement ne sera pas poursuivi » face aux critiques.

Les fontaines dans d’autres villes françaises

Le succès parisien inspire d’autres municipalités. Nantes possède cinq grands modèles, Marseille plusieurs exemplaires, et même Nancy conserve un modèle unique en Lorraine. La fonderie GHM-Sommevoire continue la production artisanale pour ces commandes.

Comment reconnaître une vraie fontaine Wallace ?

Les authentiques fontaines Wallace se distinguent par des caractéristiques précises. Le grand modèle mesure près de 3 mètres de hauteur et pèse 600 kg de fonte. La couleur vert foncé reste la référence historique, choisie pour s’harmoniser avec le mobilier urbain parisien.

Ces éléments photogéniques de Paris attirent touristes et photographes par leur élégance caractéristique.

Les 4 cariatides et leur symbolisme

Quatre cariatides se tournent le dos et soutiennent à bout de bras un dôme orné d’une pointe, décoré de dauphins. Chaque figure féminine incarne une vertu :

  • Bonté : yeux ouverts, symbolise l’hiver
  • Simplicité : yeux fermés, représente le printemps
  • Charité : yeux ouverts, évoque l’été
  • Sobriété : yeux fermés, figure l’automne

Les cariatides diffèrent par la position de leurs genoux, pieds et la façon dont leur tunique se noue au corsage. Le symbolisme aquatique orne le soubassement : tridents, tritons, conques et chapelets de perles.

A lire aussi  Guide pour visiter Montmartre

Les différents modèles (grand, petit, mural, borne)

Wallace crée quatre modèles distincts :

  • Grand modèle : le plus répandu, avec cariatides
  • Petit modèle : colonnettes remplaçant les cariatides (2 exemplaires à Paris)
  • Modèle mural : mascaron de naïade, un seul exemplaire rue Geoffroy-Saint-Hilaire
  • Borne-fontaine : bouton-poussoir, marquée de l’écu parisien

Les signatures des fonderies (Val d’Osne vs GHM)

L’identification de l’origine se fait par la signature :

  • Val d’Osne : nom gravé sur le dessus du piédestal avec « Ch. Lebourg SC 1872 »
  • GHM : lettres GHM tout en bas de la base (production actuelle)

La société GHM-Sommevoire a repris la production en 2019, utilisant toujours des moules proches de l’original pour les nouvelles fontaines.

Peut-on vraiment boire l’eau des fontaines Wallace ?

Contrairement aux idées reçues, les fontaines Wallace distribuent de l’eau potable parfaitement consommable. Chaque fontaine se raccorde directement au réseau parisien de distribution. L’eau circule dans une petite conduite jusqu’au dôme d’où elle s’écoule en jet continu.

Les contrôles sanitaires réguliers garantissent la qualité. Ces points d’eau gratuits restent essentiels pour les personnes en situation précaire, perpétuant la mission sociale originelle de Wallace.

Fonctionnement du 15 mars au 15 novembre

Les fontaines fonctionnent exclusivement pendant la saison chaude pour éviter les dégâts du gel sur la plomberie interne. L’arrêt hivernal permet également l’entretien et les réparations nécessaires.

Pendant la période d’activité, l’eau coule en permanence avec un débit maximum de 4 mètres cube par jour. Ce jet continu garantit la pureté de l’eau et empêche la stagnation.

Raccordement au réseau d’eau potable

Toutes les fontaines Wallace parisiennes se connectent au même réseau que celui alimentant les habitations. La ville de Paris participe aux coûts de raccordement : 1 000 euros pour le grand modèle, 450 euros pour le modèle mural en 2025.

Suppression des gobelets en 1952

À l’origine, deux gobelets en fer étamé restaient immergés, retenus par des chaînettes fixées aux têtes d’éléphants sous les cariatides. Le Conseil d’hygiène publique les fait supprimer en 1952 « par mesure d’hygiène ».

Cette suppression modernise l’usage mais modifie l’expérience. Les usagers boivent désormais directement au jet ou utilisent leurs propres contenants.

Combien coûte une fontaine Wallace et qui les fabrique ?

En 2025, une fontaine Wallace grand modèle représente un investissement conséquent. La ville de Paris participe à hauteur de 1 000 euros par grande fontaine et 450 euros pour le modèle mural, couvrant plomberie et raccordement réseau.

A lire aussi  Kasumi : l'ancien Kumo qui révolutionne la cuisine japonaise rue Balard

Chaque fontaine nécessite 600 kg de fonte coulée en trois morceaux : socle, partie centrale et chapeau. La fabrication reste entièrement artisanale, respectant les techniques traditionnelles.

Production par la société GHM

La société GHM (Générale d’Hydraulique et de Mécanique) basée à Sommevoire en Haute-Marne perpétue la tradition. Elle a repris l’activité de la fonderie du Val d’Osne, utilisant des moules proches de l’original de 1872.

Cette entreprise produit également statues, mobilier urbain et pièces de fonte d’art pour diverses municipalités françaises et étrangères. La demande internationale confirme le rayonnement du modèle Wallace.

Quelles sont les nouveautés 2025 pour les fontaines Wallace ?

L’année 2025 marque une évolution technologique avec l’expérimentation de systèmes de brumisation. Cinq fontaines Wallace s’équipent d’une couronne en inox intégrant 8 buses invisibles cachées dans le dôme.

La brumisation dure 10 secondes toutes les 4 minutes, se déclenchant automatiquement par la pression du réseau lors de fortes chaleurs. Cette innovation répond aux épisodes caniculaires de plus en plus fréquents.

Installation au Musée Carnavalet

Depuis avril 2022, le Musée Carnavalet abrite une fontaine Wallace authentique dans sa cour. Restaurée après dépose place Denfert-Rochereau, elle permet aux visiteurs de remplir gourdes et bouteilles.

Cette installation muséale valorise l’objet à la fois utilitaire et décoratif, fidèle à la conception originelle de Wallace. Des conférences sur les fontaines et le mobilier urbain accompagnent cette mise en valeur patrimoniale.

Réinterprétations contemporaines

Des projets artistiques revisitent le concept Wallace. À Nantes en 2023, l’illustrateur Cyril Pedrosa crée quatre nouvelles fontaines contemporaines avec GHM, proposant une version féministe avec des figures en mouvement.

L’artiste David David collabore également avec GHM pour une édition limitée remplaçant une cariatide par son personnage emblématique « Blind » tenant un verre.

Ce qu’il faut retenir

Les fontaines Wallace incarnent un patrimoine vivant alliant histoire, art et utilité publique. Ces 109 joyaux de fonte continuent leur mission d’origine : offrir gratuitement de l’eau potable aux Parisiens et visiteurs. Nées de la générosité d’un philanthrope britannique après le traumatisme de 1871, elles symbolisent la résilience parisienne et l’innovation sociale. Leur design intemporel, leurs quatre cariatides pleines de symboles et leur couleur vert caractéristique en font des repères urbains indissociables de l’identité parisienne. En 2025, ces fontaines centenaires s’adaptent aux défis climatiques tout en préservant leur authenticité artistique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

44 + = 46
Powered by MathCaptcha

Retour en haut