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Le Palais de l’Élysée : histoire, visite virtuelle et secrets de la résidence présidentielle

L’info à retenir

  • Visite gratuite uniquement lors des Journées du Patrimoine en septembre
  • Palais construit en 1718, résidence présidentielle officielle depuis 1879
  • 365 pièces, 2 hectares de jardins et de nombreux secrets historiques

Le palais de l’Élysée fascine par son histoire mouvementée et ses secrets bien gardés. Cette ancienne demeure aristocratique du 8ème arrondissement abrite depuis 1879 tous les présidents français. Entre visites exceptionnelles et anecdotes méconnues, découvrez les coulisses du pouvoir républicain.

Qui peut visiter le Palais de l’Élysée et quand ?

La visite du palais reste exceptionnelle et strictement encadrée. Contrairement aux autres monuments parisiens, l’Élysée n’ouvre ses portes au public que lors d’événements très précis.

Les Journées du Patrimoine en septembre constituent l’unique occasion annuelle de pénétrer gratuitement dans cette résidence présidentielle. Ces visites, très prisées, nécessitent parfois plusieurs heures d’attente. Les réservations s’effectuent via le site officiel de l’Élysée quelques semaines avant l’événement.

Journées du Patrimoine : l’occasion unique

Chaque troisième week-end de septembre, environ 15 000 visiteurs découvrent les salons d’apparat. Le parcours inclut les appartements officiels, la salle des fêtes et une partie des jardins. La visite dure approximativement 45 minutes avec un guide.

L’accès se fait exclusivement par l’entrée principale du 55 rue du Faubourg-Saint-Honoré. Les contrôles de sécurité s’avèrent particulièrement stricts : pièce d’identité obligatoire, fouilles systématiques et objets interdits nombreux.

Visites exceptionnelles et événements spéciaux

Le nouveau musée « La Maison Élysée » a ouvert ses portes en 2024 face au palais. Cette exposition permanente présente l’histoire du lieu, ses transformations architecturales et une reconstitution du célèbre Salon doré.

Les jardins s’ouvrent gratuitement au public le dernier dimanche de chaque mois. De 12h à 17h en hiver et de 13h à 19h en été, les visiteurs accèdent par la grille du Coq située avenue Gabriel. Cette ouverture mensuelle permet d’admirer les 2 hectares de verdure sans pénétrer dans le palais.

Règles d’accès et réservations

L’accès au métro le plus proche reste Champs-Élysées Clemenceau (lignes 1 et 13). Depuis cette station, comptez 5 minutes de marche jusqu’au 55 rue du Faubourg-Saint-Honoré.

Aucune photographie n’est autorisée à l’intérieur du palais. Les téléphones portables doivent rester éteints durant toute la visite. Les enfants de moins de 12 ans accèdent gratuitement mais doivent impérativement être accompagnés.

Comment s’est construit le Palais de l’Élysée au fil des siècles ?

L’histoire architecturale du palais révèle trois siècles de transformations continues. Chaque propriétaire a laissé son empreinte sur cet édifice devenu symbole du pouvoir républicain. Tout comme le Palais Bourbon qui abrite l’Assemblée nationale, l’Élysée témoigne de l’évolution institutionnelle française.

1718-1722 : l’hôtel d’Évreux du comte de La Tour d’Auvergne

Louis-Henri de La Tour d’Auvergne fait édifier son hôtel particulier sur un terrain marécageux de 10 hectares. L’architecte Armand-Claude Mollet conçoit un corps principal en pierre de taille sur deux niveaux, complété par des combles brisés.

Le comte finance cette construction grâce à la dot de son épouse Marie-Anne Crozat, fille du banquier Antoine Crozat. Cette fortune, bâtie notamment sur le commerce des esclaves, permet de créer l’un des plus beaux hôtels particuliers des environs de Paris.

Le jardin initial adopte le style français : parterres géométriques, allées symétriques et perspective axiale. Cette composition classique contraste avec l’environnement encore champêtre du faubourg Saint-Honoré de l’époque.

Les transformations sous Madame de Pompadour (1753-1764)

La favorite de Louis XV rachète l’hôtel pour 730 000 livres en 1753. Elle entreprend immédiatement d’importants travaux de rénovation et d’agrandissement, notamment du côté des Champs-Élysées.

Madame de Pompadour fait aménager le premier étage, jusqu’alors inoccupé, et construit un grand escalier d’honneur. Les meilleurs artistes de l’époque décorent les appartements : Van Loo, Boucher et Dubois réalisent médaillons et panneaux décoratifs.

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Les jardins se transforment selon la mode du « retour à la nature ». Cascades, grottes dorées, labyrinthes et même un troupeau de moutons aux cornes dorées agrémentent le parc. Cette fantaisie bucolique tranche avec la rigueur classique d’origine.

L’époque Napoléon et les grands travaux du XIXe siècle

Joachim Murat acquiert la propriété en 1805 pour 570 000 francs. Avec son épouse Caroline Bonaparte, il transforme l’hôtel en véritable palais impérial. L’escalier Murat, toujours visible aujourd’hui, témoigne de cette période faste.

Les architectes Barthélémy Vignon et Jean-Thomas Thibault créent le vestibule d’honneur et la galerie des tableaux (actuel salon Murat). L’escalier à l’impériale, orné de palmes dorées en bois, symbolise les victoires napoléoniennes.

Napoléon III lance les derniers grands aménagements entre 1853 et 1867. L’architecte Joseph-Eugène Lacroix restructure complètement l’édifice : nouvelles ailes latérales, salle des fêtes, percement de la rue de l’Élysée et création du portail monumental actuel.

Les aménagements modernes depuis 1958

Charles de Gaulle définit l’organisation intérieure qui perdure aujourd’hui. Le rez-de-chaussée et l’aile ouest accueillent les fonctions officielles, l’aile est abrite les appartements privés présidentiels.

Valéry Giscard d’Estaing fait installer en 1978 le PC Jupiter, poste de commandement nucléaire souterrain. Cette salle secrète, conçue comme une cage de Faraday, permet au président de déclencher la force de frappe française.

Les présidents successifs modernisent régulièrement les équipements : ascenseurs sous Fallières, électrification complète avec Poincaré, chauffage central par Lebrun. Nicolas Sarkozy lance en 2007 le plus important plan de restauration depuis Vincent Auriol.

Quels sont les personnages historiques qui ont marqué l’Élysée ?

Trois siècles d’histoire ont vu défiler dans ces murs aristrocrates, empereurs, rois et présidents. Chaque époque a laissé son empreinte sur ce lieu de pouvoir exceptionnel, à l’image des transformations qu’a connues la Place Vendôme voisine.

Les propriétaires d’Ancien Régime

Le comte d’Évreux, petit-neveu de Mazarin, termine sa vie en reclus dans son hôtel après avoir congédié son épouse le jour même de l’inauguration. Cette séparation scandaleuse marque les débuts mouvementés du palais.

Madame de Pompadour transforme l’hôtel en salon artistique et littéraire. Voltaire, Diderot et d’Alembert y trouvent une protectrice influente. La favorite organise théâtres privés et dîners raffinés qui définissent le goût de l’époque.

Nicolas Beaujon, l’homme le plus riche de France au XVIIIe siècle, collectionne peintures et porcelaines dans les salons agrandis. Sa galerie expose notamment « La Bohémienne » de Frans Hals et « Les Ambassadeurs » de Hans Holbein le Jeune.

Napoléon Ier et sa famille

L’Empereur considère l’Élysée comme sa « maison de santé » et y séjourne régulièrement entre 1809 et 1815. Il y signe des décrets importants, dont celui donnant les pouvoirs politiques à sa sœur Élisa Bonaparte sur le Grand-duché de Toscane.

Le 22 juin 1815, Napoléon dicte sa seconde abdication dans le salon d’argent : « Ma vie politique est terminée et je proclame mon fils, sous le nom de Napoléon II, Empereur des Français ». Il quitte définitivement le palais trois jours plus tard.

Caroline Bonaparte et Joachim Murat donnent au palais son faste impérial. Leurs réceptions fastueuses attirent tout le gratin parisien. Caroline crée notamment le « salon d’argent », pièce somptueuse aux murs tendus d’argent et aux magnifiques boiseries.

Les présidents de la République depuis 1848

Louis-Napoléon Bonaparte devient en 1848 le premier président à résider à l’Élysée. Il y organise le coup d’État du 2 décembre 1851 dans le salon d’argent, là même où son oncle avait abdiqué.

Sadi Carnot donne sa majesté actuelle au palais avec la construction de la salle des fêtes en 1889. Ses garden-parties annuelles accueillent jusqu’à 10 000 invités dans les jardins. Son assassinat à Lyon en 1894 transforme le salon de l’Hémicycle en chapelle ardente.

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Charles de Gaulle déteste ce lieu chargé d’histoire qu’il juge « exigu et désuet ». Il songe à déménager la présidence aux Invalides ou au château de Vincennes, projets finalement abandonnés pour des raisons budgétaires.

Que peut-on voir lors d’une visite du Palais ?

Le parcours de visite, strictement encadré, dévoile les plus beaux salons d’apparat du rez-de-chaussée. Cette découverte exceptionnelle révèle trois siècles d’art décoratif français, des boiseries Louis XV aux créations contemporaines.

Les salons d’apparat du rez-de-chaussée

Le vestibule d’honneur accueille les visiteurs avec ses marbres de Carrare et ses pilastres doriques. La sculpture d’Arman « À la République française », composée de 200 drapeaux de marbre, trône depuis 1984 sous un lustre de bronze doré à 30 lumières.

Le salon Cléopâtre, ancien cabinet de Madame de Pompadour, expose la célèbre tapisserie des Gobelins représentant « La rencontre entre Antoine et Cléopâtre à Tarse ». Cette œuvre de 1759-1761, réalisée d’après Charles-Joseph Natoire, illustre parfaitement l’art décoratif du XVIIIe siècle.

Le salon des Ambassadeurs conserve ses boiseries blanches et or de 1720-1721, ornées de dragons sculptés pour le comte d’Évreux. Les neuf médaillons installés par Napoléon III représentent les souverains européens de son époque : Victoria, François-Joseph Ier, Nicolas Ier…

L’escalier Murat et les appartements

L’escalier d’honneur à deux volées, créé par Percier et Fontaine, constitue l’ajout le plus spectaculaire de l’époque Murat. Sa rampe en palmes dorées symbolise les victoires impériales et guide vers les appartements officiels du premier étage.

Les deux antichambres du premier étage exposent une galerie de portraits des présidents défunts de la Ve République. La sculpture « Lugdus » d’Isabelle Waldberg côtoie des œuvres contemporaines sélectionnées dans le Fonds national d’Art contemporain.

Le salon doré, actuel bureau présidentiel, occupe l’ancienne chambre de l’impératrice Eugénie. Sa cheminée copie un modèle versaillais Louis XVI, tandis que ses boiseries reprennent les motifs du salon Pompadour du rez-de-chaussée.

Les jardins et leurs 2 hectares

Le parc à l’anglaise s’étend sur 20 000 mètres carrés, dont 7 000 de pelouse centrale incurvée. Cette forme particulière résulte du comblement partiel d’un ancien étang, abandonné au XIXe siècle à cause des moustiques.

Six jardiniers entretiennent ce patrimoine végétal exceptionnel. Les trois platanes bicentenaires, vestiges de l’époque Bathilde d’Orléans, côtoient 100 variétés de rosiers et 30 de rhododendrons. Chaque année, 12 000 bulbes de printemps et 17 000 fleurs d’été colorent les massifs.

Depuis 1992, les fontaines du buffet d’eau et de la grande pelouse animent les lieux, créations du paysagiste Jacques Wirtz. Trois sculptures contemporaines agrémentent discrètement le parc : un mouton de François-Xavier Lalanne, « Les Jumelles » de Jean Carton et « Le Flûteur » de Jean-André Delorme.

La salle des fêtes et ses décors

Construite par Sadi Carnot pour l’Exposition universelle de 1889, cette salle de réception peut accueillir 250 convives. Ses plafonds peints par Guillaume Dubufe et ses tapisseries des Gobelins représentant l’histoire de Médée illustrent l’art officiel de la IIIe République.

Le jardin d’hiver, ancienne serre de Jules Grévy, sert aujourd’hui aux conférences de presse et aux cérémonies de vœux. Cette verrière de 1881 conserve son caractère végétal d’origine tout en s’adaptant aux usages protocollaires modernes.

La chapelle néo-byzantine, décorée en 1864 par Sébastien-Melchior Cornu, a été réduite en 1950 pour créer de nouveaux bureaux. Elle sert désormais de salle d’attente pour les visiteurs de la Première dame de France.

Quelles sont les anecdotes et secrets méconnus de l’Élysée ?

Derrière le protocole républicain se cachent des histoires insolites et des lieux secrets. Ces anecdotes révèlent le quotidien méconnu d’un palais au cœur du pouvoir, aussi mystérieux que peut l’être l’histoire du Champ de Mars voisin.

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Le PC Jupiter : le bunker nucléaire secret

Installé en 1978 sous l’aile est, le Poste de commandement Jupiter reste l’un des secrets les mieux gardés de l’Élysée. Cette salle souterraine, conçue pour résister à une frappe nucléaire, permet au président de déclencher la dissuasion française.

Le PC fait « cage de Faraday » pour empêcher tout espionnage électronique. Il comprend plusieurs bureaux, une salle de réunion et les systèmes de communication sécurisés avec la base de Taverny. Les nouvelles technologies ont rendu ce bunker moins crucial, mais il reste opérationnel.

Chaque nouveau président visite une fois ce lieu de mémoire au début de son mandat. L’endroit peut abriter le chef de l’État et ses conseillers « plusieurs semaines d’affilée en cas de conflit », selon les services de sécurité.

Les morts mystérieuses et faits divers

Félix Faure décède en 1899 dans ses appartements privés lors d’un rendez-vous galant avec Marguerite Steinheil. Cette mort embarrassante inspire à Clemenceau ce mot cruel : « Il voulait être César, il ne fut que Pompée. »

François Grossouvre, conseiller de François Mitterrand, se suicide en 1994 dans son bureau avec un 357 Magnum. Cette mort brutale alimente encore aujourd’hui les théories conspirationnistes sur les « affaires » de l’époque.

Deux présidents ont été assassinés pendant leur mandat : Sadi Carnot poignardé à Lyon en 1894 et Paul Doumer abattu lors d’un salon littéraire parisien en 1932. Leurs dépouilles ont reposé dans les salons d’honneur du palais.

Les traditions culinaires et protocoles

Les 22 cuisiniers permanents confectionnent chaque année 80 000 repas dans les cuisines souterraines. Seul le pain n’est pas préparé sur place : depuis 1994, le lauréat du Grand Prix de la Baguette parisienne livre quotidiennement 20 à 50 baguettes au palais.

La galette des Rois présidentielle mesure plus d’un mètre de diamètre mais ne contient jamais de fève. Cette tradition républicaine évite qu’un invité ne devienne symboliquement « roi » en présence du chef de l’État.

La cave présidentielle conserve des crus d’exception : Petrus, Margaux, Yquem, Romanée-Conti. La sommelière Virginie Routis goûte chaque bouteille avant les dîners officiels pour éviter tout goût de bouchon désastreux.

Les objets disparus et cambriolages

Entre 1995 et 2007, la Cour des comptes recense 200 objets disparus malgré la sécurité drastique. Certains vols sont attribués à des délégations étrangères en visite officielle, mais la plupart des larcins restent inexpliqués.

La vaisselle présidentielle, composée de porcelaine de Sèvres et de cristaux de Baccarat, ne passe jamais au lave-vaisselle par crainte de la casse. Chaque pièce est lavée à la main par le personnel des cuisines.

Gaston Doumergue et Nicolas Sarkozy sont les deux seuls présidents mariés à l’Élysée : Doumergue avec Jeanne Gaussal en 1931, douze jours avant la fin de son mandat, Sarkozy avec Carla Bruni en 2008 dans le salon vert.

Ce qu’il faut retenir

Le palais de l’Élysée condense trois siècles d’histoire française dans ses 365 pièces et 2 hectares de jardins. Cette ancienne demeure aristocratique, devenue résidence présidentielle en 1879, ne se visite qu’exceptionnellement lors des Journées du Patrimoine en septembre. Le nouveau musée « La Maison Élysée », ouvert en 2024, permet de découvrir toute l’année l’histoire de ce haut lieu du pouvoir républicain. Préparez dès maintenant votre visite des Journées du Patrimoine 2025 pour percer les secrets de cette demeure unique au cœur de Paris.

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